Comment chier dans les bois – Guide complet, écologique et hygiénique
Partir en randonnée, bivouac ou trek ne vous dispense pas de vos besoins naturels. Savoir comment chier dans les bois de façon propre, discrète et respectueuse de l’environnement est une compétence essentielle pour tout pratiquant d’activités de plein air. Ce guide pratique s’inspire des principes de l’ouvrage de référence « Comment chier dans les bois – Pour une approche environnementale d’un art perdu » de Kathleen Meyer et des recommandations modernes en matière de protection de la nature.
Vous allez découvrir où et comment faire vos besoins en pleine nature, à quelle distance des points d’eau, quelle profondeur de trou creuser, quoi faire du papier toilette ou des lingettes, et quelles alternatives utiliser dans les zones sensibles (haute montagne, déserts, sites protégés). L’objectif : protéger votre santé, celle des autres et des écosystèmes, tout en restant à l’aise et serein.
1. Comprendre les enjeux : hygiène, environnement, réglementation
1.1 Pourquoi l’hygiène en pleine nature est essentielle
La défécation en pleine nature mal gérée entraîne trois grands types de problèmes :
- Risque sanitaire : les excréments humains peuvent contenir des bactéries, virus et parasites (comme Giardia ou Cryptosporidium) capables de contaminer les sols, l’eau et les autres randonneurs.
- Pollution visuelle et olfactive : papiers souillés, tas d’excréments et odeurs persistantes nuisent à l’expérience de tous et dégradent les sites naturels.
- Impact sur la faune et les écosystèmes : les animaux peuvent fouiller les excréments, les disséminer ou s’en nourrir, modifiant les équilibres naturels.
Adopter de bonnes pratiques d’hygiène en pleine nature permet donc de réduire les risques de maladie, de préserver l’eau potable et de respecter les autres usagers.
1.2 Les règles de base : distance, discrétion, décomposition
Quand vous devez chier dans les bois, trois règles guident vos gestes :
- S’éloigner des points d’eau : installez-vous à au moins 50 à 70 mètres de toute rivière, lac, mare, source, torrent, fontaine ou zone humide afin d’éviter la contamination de l’eau en surface ou par ruissellement.
- Rester discret : choisissez un endroit à l’écart des sentiers, des zones de bivouac, des belvédères et des aires de pique-nique. L’idée est que personne ne voie ni ne trouve de trace de votre passage.
- Favoriser la décomposition naturelle : privilégiez un sol riche en matière organique (humus, feuilles mortes, terre meuble) qui favorisera l’activité microbienne et la dégradation de vos déjections.
Même dans de bonnes conditions, un excrément humain peut mettre plusieurs mois, voire plus d’un an, à disparaître visuellement. D’où l’importance de bien l’enterrer et de choisir un endroit adapté.
1.3 Règlementations locales : ce qu’il faut savoir
Selon les lieux, il ne suffit pas de creuser un trou. Certaines zones naturelles imposent des règles spécifiques :
- Parcs nationaux et réserves naturelles : il peut être obligatoire d’utiliser des sacs à excréments agréés et d’emporter toutes ses selles, surtout dans les zones très fréquentées ou fragiles.
- Haute montagne, glaciers, rochers : quand le sol est gelé, rocheux ou inexistant, l’enfouissement est impossible. Les sacs à déchets spéciaux deviennent alors la norme.
- Zones arides et déserts : la décomposition y est très lente ; les autorités recommandent souvent de tout emporter avec soi.
Avant de partir, informez-vous sur les consignes des gestionnaires d’espaces naturels (parcs, réserves, fédérations, offices de tourisme) et respectez-les scrupuleusement.
2. Le « trou de chat » : la technique de base pour chier dans les bois
2.1 Principe du trou de chat
La méthode la plus courante et la plus acceptée pour déféquer en pleine nature est celle du « trou de chat » : un petit trou individuel creusé dans un sol adapté, dans lequel vous faites vos besoins avant de le reboucher soigneusement.
Cette technique limite le contact avec l’air, réduit les odeurs et protège l’eau tout en permettant une décomposition relativement rapide grâce à l’activité microbienne de la couche superficielle du sol.
2.2 Où creuser : choisir le bon emplacement
Pour creuser un trou de chat efficace et respectueux, tenez compte de plusieurs critères :
- Distance à l’eau : placez-vous à plus de 50 à 70 mètres de tout point d’eau (environ 70 pas adultes).
- Type de sol : privilégiez un sol sombre, riche, meuble, avec des feuilles ou des aiguilles de pin, plutôt qu’un sol nu, rocheux ou sablonneux.
- Pente : évitez les pentes raides qui peuvent favoriser le ruissellement vers les rivières en cas de pluie.
- Fréquentation : éloignez-vous des sentiers, des places de bivouac et des zones de pause.
2.3 Profondeur et dimensions idéales du trou
Un trou de chat efficace n’a pas besoin d’être énorme. L’important est de trouver le bon compromis :
- Profondeur : creusez généralement entre 15 et 20 cm de profondeur. À cette profondeur, vous enfouissez correctement vos excréments tout en restant dans la couche de sol où l’activité biologique est la plus forte.
- Largeur : un diamètre de 10 à 15 cm suffit pour la plupart des personnes et permet de viser correctement.
Dans certains sols très riches en humus, un trou un peu moins profond peut suffire (autour de 10 cm), mais prévoyez toujours assez de terre pour bien recouvrir le tout.
2.4 Étapes pratiques pour utiliser un trou de chat
Voici une procédure simple pour chier dans les bois proprement :
- Choisissez un endroit adapté, à bonne distance de l’eau et du sentier.
- Avec une petite pelle de randonnée ou un bâton solide, creusez un trou de 15 à 20 cm de profondeur.
- Mettez de côté la terre extraite, ainsi que quelques feuilles mortes ou brindilles propres.
- Mettez-vous en position (accroupi, dos légèrement arrondi, pieds bien écartés pour l’équilibre).
- Faites vos besoins dans le trou en veillant à viser correctement.
- Utilisez du papier toilette ou des alternatives naturelles adaptées (voir plus bas).
- Recouvrez soigneusement le trou avec la terre extraite, tassez légèrement et camouflez avec des feuilles ou pierres naturelles pour que l’endroit soit méconnaissable.
Ne laissez jamais d’excréments à l’air libre : cela attire les animaux, favorise la dispersion des germes et dégrade l’expérience des autres randonneurs.
3. Équipements indispensables pour faire ses besoins en pleine nature
3.1 Trousse « toilettes de bivouac » idéale
Constituer une petite trousse dédiée à vos besoins naturels rend les choses plus simples et plus propres. Elle peut contenir :
- Une pelle de randonnée légère (pliable ou compacte) pour creuser vos trous de chat.
- Des sacs étanches (type sacs de congélation ou sacs spécifiques pour déchets) pour rapporter le papier, les protections périodiques et, si nécessaire, les excréments.
- Un rouleau de papier toilette (de préférence non parfumé et sans emballage plastique) ou une alternative réutilisable.
- Un petit flacon de gel hydroalcoolique ou de savon biodégradable à utiliser loin des cours d’eau.
- Des gants jetables ou réutilisables si vous êtes sensible à la manipulation des déchets.
3.2 Sacs à excréments et solutions alternatives
Dans certaines situations (zones protégées, haute montagne, sols gelés, rochers, forte fréquentation), creuser un trou n’est pas possible ni autorisé. Il faut alors utiliser des sacs à excréments spécifiques, parfois appelés « waste bags » ou « wag bags ».
Ces sacs sont généralement composés :
- D’une enveloppe extérieure résistante, étanche aux odeurs.
- D’un sac intérieur contenant un produit absorbant et parfois désinfectant pour gélifier les matières et limiter les odeurs.
Le principe est simple : vous déféquez directement dans le sac, refermez soigneusement, puis emportez le tout jusqu’à une poubelle adaptée. C’est la solution la plus propre dans les milieux où la décomposition naturelle ne fonctionne pas ou mettrait trop de temps.
3.3 Lingettes, papier toilette et alternatives naturelles
Le papier toilette classique, même annoncé « biodégradable », ne doit pas être laissé à l’air libre. Soit vous l’enterrez profondément avec vos excréments, soit vous le mettez dans un sac pour le rapporter. Dans les zones très fréquentées, la seconde option est souvent préférable pour éviter les « mouchoirs-fleurs » partout autour des sentiers.
Les lingettes jetables et les lingettes dites biodégradables posent un problème supplémentaire : elles se dégradent très lentement et peuvent contenir des produits nocifs pour l’environnement. En pratique, il est plus responsable de :
- Limiter leur usage au strict minimum.
- Les stocker dans un sac étanche et les jeter dans une poubelle une fois de retour.
Vous pouvez aussi opter pour des alternatives naturelles lorsque c’est possible et sûr :
- Grandes feuilles souples non irritantes (attention à bien identifier les plantes).
- Mousse humide dans les régions adaptées.
- Pierres lisses ou neige propre (en montagne) utilisées avec douceur.
3.4 Produits d’hygiène biodégradables : un vrai plus
Pour vous laver les mains, privilégiez :
- Un savon biodégradable, à utiliser à bonne distance de l’eau (au moins 50 mètres).
- Un petit flacon de gel hydroalcoolique pour un nettoyage rapide sans rinçage.
Pour la toilette du corps, choisissez des produits formulés pour l’outdoor, sans parfum synthétique agressif, et n’utilisez jamais de savon directement dans un cours d’eau, même s’il est indiqué « biodégradable ».
4. Techniques de défécation selon le terrain
4.1 En forêt et en terrain classique
En forêt tempérée, avec un sol riche en humus, la méthode du trou de chat est idéale. Recherchez :
- Des zones recouvertes de feuilles mortes.
- Une terre sombre et meuble.
- Des arbres ou rochers qui peuvent servir de support pour votre équilibre.
Adoptez la position accroupie, qui facilite l’évacuation et réduit la durée de l’exposition. Certains randonneurs s’aident d’un tronc ou d’une branche pour s’adosser légèrement, ce qui soulage les jambes.
4.2 En montagne, sur rocher ou neige
En haute montagne, en terrain rocheux ou sur la neige, il est souvent impossible de creuser un trou dans un sol organique efficace. Les bonnes pratiques sont alors les suivantes :
- Utiliser des sacs à excréments spéciaux et tout remporter avec soi.
- Sur la neige, si aucune autre solution n’existe et si la réglementation locale l’autorise, creuser un trou dans la neige, faire ses besoins, puis recouvrir. Mais la fonte révélera tôt ou tard les déchets si rien n’est emporté.
Dans les zones glaciaires et sur les itinéraires très fréquentés, il est de plus en plus recommandé, voire obligatoire, de ne rien laisser sur place.
4.3 En zone aride ou désertique
En milieu désertique, la chaleur et l’aridité ralentissent considérablement la décomposition. Un excrément peut rester visible très longtemps. Dans cette situation :
- Renseignez-vous en amont : beaucoup de gestionnaires préconisent d’emporter toutes les selles dans des sacs adaptés.
- Si vous enterrez, faites-le dans les rares zones où la couche de sol organique est suffisante, à distance des points d’eau et des campements.
La sobriété en eau rend aussi la toilette plus complexe : l’organisation et les sacs à déchets prennent une importance encore plus grande.
5. Préserver sa santé : risques, prévention et hygiène
5.1 Risques de contamination et maladies possibles
Un geste anodin comme chier dans les bois peut devenir un sérieux problème de santé si l’hygiène fait défaut. Les principaux risques sont :
- Diarrhées infectieuses causées par des bactéries fécales contaminant l’eau ou les aliments.
- Parasitoses comme celles impliquant Giardia ou Cryptosporidium, responsables de troubles digestifs parfois sévères.
- Infections cutanées ou irritations dues à un nettoyage insuffisant ou à l’utilisation de plantes irritantes.
5.2 Gestes simples pour réduire les risques
Pour minimiser ces risques, adoptez quelques réflexes :
- Lavez-vous ou désinfectez-vous les mains après avoir déféqué et avant de manipuler la nourriture.
- Ne déféquez jamais à proximité immédiate des points de captage d’eau, des sources ou des zones de baignade.
- Évitez de manipuler ou de déplacer les excréments d’autres personnes ou d’animaux sans gants.
5.3 Gestion de l’eau : éviter les contaminations croisées
Lorsque vous filtrez ou traitez de l’eau de rivière ou de lac, choisissez des points de prélèvement éloignés des zones de bivouac et des sentiers. Évitez aussi de laver votre matériel souillé directement dans les cours d’eau. Tout cela contribue à limiter la circulation des germes d’origine fécale.
6. Spécificités selon les personnes : femmes, enfants, groupes
6.1 Conseils pour les femmes
Pour les femmes, faire ses besoins en pleine nature soulève parfois des questions supplémentaires :
- Position : la position accroupie reste la plus adaptée. Des vêtements pratiques (leggings, pantalons avec ouverture facile, jupes de randonnée) facilitent les choses.
- Menstruations : les serviettes, tampons, coupes menstruelles ou culottes menstruelles ne doivent jamais être enterrés. Tous les produits jetables sont à emporter avec soi dans un sac étanche opaque.
- Hygiène intime : privilégiez de l’eau claire, des lingettes réutilisables ou un peu de papier rapporté avec vous. Évitez les lingettes parfumées agressives.
6.2 Gérer les besoins des enfants
Avec des enfants, prenez le temps d’expliquer les règles de base :
- Les accompagner pour choisir l’emplacement du trou.
- Les aider à s’accroupir sans perdre l’équilibre.
- Les initier à la notion de « ne rien laisser derrière soi ».
Un petit pot pliable ou un sachet dédié peut être utile pour les plus jeunes, surtout dans les zones où l’enfouissement n’est pas possible.
6.3 En groupe : organisation et discrétion
En randonnée de groupe ou en trek, l’organisation est essentielle pour préserver l’intimité de chacun et la propreté du camp :
- Définir des zones sanitaires en amont, à bonne distance des tentes et de l’eau.
- Éviter que tout le monde utilise exactement le même endroit, au risque de saturer le sol.
- Prévoir suffisamment de sacs à déchets si le contexte impose de tout emporter.
7. Gérer les déchets annexes : papier, lingettes, protections périodiques
7.1 Que faire du papier toilette ?
Deux approches principales existent :
- Enterrer le papier toilette avec les excréments dans le trou de chat, en veillant à une profondeur suffisante et à un bon recouvrement, dans un sol adapté.
- Emporter tout le papier dans un sac étanche (méthode recommandée dans les zones fréquentées ou sensibles) pour éviter de retrouver des morceaux partout.
Dans tous les cas, ne brûlez pas votre papier dans un environnement sec : le risque de départ de feu est réel.
7.2 Lingettes, mouchoirs et autres produits jetables
Les lingettes, mouchoirs renforcés, cotons et autres accessoires de toilette ne se dégradent pas rapidement. La règle est simple :
- Ne jamais les enterrer en pensant qu’ils vont disparaître vite.
- Les stocker dans un sac fermé (opaque, si possible) et les déposer ensuite dans une poubelle adaptée.
7.3 Protections périodiques et déchets spéciaux
Les serviettes hygiéniques, tampons, applicateurs, couches, pansements et tout déchet sanitaire doivent systématiquement être rapatriés. Utilisez un sac opaque réutilisable ou jetable dédié à ces déchets, que vous pourrez vider une fois revenu à la civilisation.
8. Attitude responsable : laisser le moins de traces possible
8.1 Le principe « emporter ce que l’on apporte »
Une règle clé pour toutes vos sorties est : tout ce que vous apportez, vous le rapportez. Cela inclut :
- Emballages de nourriture.
- Mouchoirs, lingettes, papiers.
- Protections périodiques et tout déchet sanitaire.
Vos excréments eux-mêmes peuvent, selon le contexte, devoir être emportés dans des sacs prévus à cet effet. Cette démarche peut sembler contraignante, mais elle garantit la préservation des lieux pour les générations futures.
8.2 Sensibiliser sans juger
Si vous randonnez avec des proches ou des débutants, expliquer ces pratiques de manière simple et non culpabilisante permet d’élever le niveau de respect général en montagne, en forêt ou en bord de rivière. Montrer l’exemple – en prenant le temps de bien faire les choses – est souvent plus efficace que de longs discours.
9. En résumé : comment chier dans les bois proprement et en sécurité
Chier dans les bois n’est ni un tabou, ni une fatalité sale. Avec un peu de préparation et quelques bons réflexes, vous pouvez :
- Choisir un endroit adapté, loin de l’eau et des sentiers.
- Creuser un trou de chat de 15 à 20 cm dans un sol riche en humus.
- Faire vos besoins, gérer votre papier ou vos lingettes de façon responsable.
- Recouvrir soigneusement le tout et ne laisser aucune trace visible.
- Utiliser des sacs à excréments dans les milieux où l’enfouissement est impossible ou interdit.
- Protéger votre santé et celle des autres grâce à une hygiène rigoureuse.
En appliquant ces conseils, chaque randonnée, chaque bivouac et chaque immersion en forêt devient plus agréable, plus saine et plus respectueuse de la nature. Chier dans les bois devient alors un simple geste du quotidien, maîtrisé, discret et pleinement compatible avec une pratique responsable des activités de plein air.
